Balade au Musée Zadkine

Au 110 bis de la rue d’Assas à Paris se trouve le discret musée Zadkine. La maison atelier du sculpteur d’origine russe Ossip Zadkine de 1928 à 1967 est devenue un atelier-musée conformément au vœu qu’il avait exprimé dès 1964 qu’une « institution soit fondée regroupant l’ensemble de son œuvre et celle de son épouse ».

 

Zadkine dans sa maison-atelier de la rue d’Assas à Paris © Musée Zadkine

 

L’artiste décèdera en 1967 sans avoir vu se concrétiser ce projet. Mais sa femme, la peintre Valentine Prax, continuera à œuvrer en ce sens. En 1981, elle institue la Ville de Paris légataire universel de l’ensemble de ses biens, sous réserve qu’un musée dédié à son œuvre soit créé.

Le 19 avril 1982, un an après sa disparition, le maire de Paris, Jacques Chirac, inaugure le Musée Zadkine.

Musée Zadkine © Musées de la Ville de Paris

Un musée largement ouvert sur l’extérieur

L’institution est entièrement réaménagée en 2012. Dans la maison et les ateliers du sculpteur, la distribution des espaces d’exposition a été revue afin de proposer au public un parcours plus ample, une présentation à la fois enrichie et renouvelée de la collection dont le musée est depuis trente ans le lieu conservatoire.

La présentation des œuvres se déploie dans sept salles successives où figurent près de 70 sculptures. La question de la matière et de son élaboration est au cœur des réflexions qui ont présidé à sa conception et à la sélection des œuvres qu’elle met en scène.

Dans les espaces intérieurs, seuls bois, pierres, terres et plâtres sont convoqués. Ils sont les seuls matériaux que Zadkine ait jamais travaillés dans ses ateliers.

Les bronzes qui procèdent d’une autre histoire, ne renvoient pas à l’univers de l’atelier mais à celui de la fonderie, du multiple, des marchands, des collectionneurs, sont regroupés dans le jardin autour de la question du monument.

Lorsqu’il s’installe en 1928, au 100 rue d’Assas, il écrit à son ami André De Ridder :

Je suis comme transplanté et ne sais pas encore si c’est vrai ! Viens voir ma folie d’Assas et tu comprendras que la vie d’un homme peut être changée à cause d’un pigeonnier, à cause d’un arbre .

Le musée s’ouvre largement sur l’extérieur, de grandes fenêtres donnent sur le jardin où sont exposées des oeuvres de Zadkine, témoignant du goût pour la fusion de l’humain et du végétal que le sculpteur cultivait et qui a donné naissance à des œuvres monumentales, comme Orphée ou La forêt humaine.

Dans le même souci de cohérence historique que celui ayant présidé aux travaux sur les bâtiments, la décision a été prise de réintroduire certaines des essences qu’aimait Zadkine. Des houx ont été plantés au pied des trois sycomores, qui depuis plus de soixante-dix ans dressent leur silhouette anthropomorphe au centre de ce territoire préservé. Ces sujets restitueront bientôt le bosquet auprès duquel Zadkine aimait à s’asseoir et qu’il montrait avec fierté à ses visiteurs. Des pieds d’aubépine qu’il affectionnait tout particulièrement ont également été plantés. Fougères, cyclamens de Naples et hortensias à feuilles de chêne renvoyant à l’idée de sous-bois complètent ces plantations modestes.

Zadkine au Salon des Beaux Arts

Né à Vitebsk, en Biélorussie, en 1890, Ossip Zadkine a passé son enfance à Smolensk. A l’âge de quatorze ans, il quitte une première fois la Russie pour se rendre en Angleterre chez son oncle qui l’initie à la sculpture ornementale sur bois puis à Londres où il gagne sa vie comme apprenti chez un ébéniste. Ses fréquentes visites au British Museum le mettent en contact avec les œuvres nouvellement exposées de l’art antique et primitif, découverte déterminante pour sa formation artistique.

En 1909, venu s’installer à Paris, il contribue avec d’autres artistes arrivés comme lui de toute l’Europe à l’éclosion de la première « Ecole de Paris ». Il délaisse au bout de six mois l’Ecole des Beaux-Arts préférant se former au seul contact des œuvres.

Peu après son arrivée à Paris, Zadkine expose au Salon de la SNBA. Il y présente, en 1911, une tête de femme et une tête d’homme. La mention présente dans le catalogue de cette édition indique qu’il les a réalisées à La Ruche.

En 1912, il continue d’exposer à la SNBA aux côtés de Rodin, Bourdelle, Injalbert et Bartholomé. À cette date, les sculpteurs trouvent dans les arts de la scène et de la musique des thématiques inspirantes. Ossip Zadkine choisi d’exposer un buste sculpté de la pianiste Margette Varro. L’œuvre est en bronze, matériau que Zadkine n’emploie alors que très peu.

 

En 1920, il organise sa première exposition individuelle dans son atelier situé au 35 rue Rousselet où il présente 49 sculptures, offrant ainsi un panorama de son activité artistique sur plus d’une décennie. L’usage de la taille directe caractérise ces œuvres : 20 bois, 14 pierres, 11 marbres. La même année, il se marie avec Valentine Prax dans le petit village de Bruniquel, dans le département du Tarn-et-Garonne, avec pour témoins le peintre Foujita et sa compagne Fernande Barrey. Il obtient, en 1921,  la nationalité française.

Sculpteur reconnu dès le milieu des années 20 pour sa participation active aux recherches avant-gardistes, du primitivisme de la taille directe à l’écriture simplifiée du cubisme, il s’oriente dans les années 30 vers une relecture de l’Antiquité comme le montre son intérêt pour les thèmes mythologiques et les groupes sculptés en bronze.


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Sources
  • Le Ménestrel, 18 mai 1912, sur Gallica
  • Catalogues de la Société Nationale des Beaux Arts – 1911, 1912
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