Rencontre avec Camille Roux dit Buisson, directrice du Comité Jacqueline Marval

Portrait de Camille Roux dit Buisson
© France Télévisions

Camille Roux dit Buisson est directrice du Comité Jacqueline Marval. Jacqueline Marval exposa au Salon des Beaux Arts dès 1904. À L’occasion de ses 160 ans, la SNBA célèbre le monde de la culture et les personnes qui le font. Découvrez notre échange avec Camille Roux dit Buisson et apprenez-en davantage sur son parcours, son métier, ses inspirations.

Quelle(s) expérience(s) et quel(s) chemin(s) vous ont menée à devenir directrice du Comité Jacqueline Marval ?

L’art m’a toujours passionnée, j’ai grandi avec, et particulièrement avec Jacqueline Marval. Après des études en marketing et communication spécialisées dans la mode et le luxe, puis trois années d’expérience en agence de communication, j’ai commencé à travailler avec mon père, Raphaël Roux dit Buisson, marchand d’art. Notre premier projet commun était la Biennale de Paris en septembre 2018. À l’époque le Comité Jacqueline Marval existait uniquement dans la tête de mon père —faire (re)connaître Jacqueline Marval est le projet de sa vie. Peu à peu, ce projet a pris de l’importance de mon côté également. Marval étant chère à notre famille, mon frère Lucien Roux (responsable des archives et des recherches au Comité Jacqueline Marval) et moi avons refait le site (www.jacqueline-marval.com) afin de rendre sa biographie, une partie de nos archives (publications, presses, photos) et une sélection d’œuvres accessibles. Nous avons officiellement ouvert le Comité Jacqueline Marval fin 2020.

Comment définiriez-vous votre métier ?

Difficile à définir ! Je dirais que je m’occupe du développement du Comité Jacqueline Marval, de façon assez générale et plus concrètement, de la valorisation de son histoire et de son œuvre. De l’organisation d’évènements (par exemple, les deux évènements Femmes d’Art qui ont eu lieu cette année – l’un sur Jacqueline Marval, l’autre pour la collaboration Septem x Tiffany Bouelle, le diner du Club du Souper, différents shootings, etc), à la communication (documentaire sur France 4, presse, réseaux sociaux…) en passant bien entendu par le travail relatif à l’exposition de Jacqueline Marval lors de diverses occasions (récemment au Musée du Luxembourg pour Pionnières, prochainement à Séoul pour une exposition monographique, puis en Suède, et aux États-Unis…). Je travaille également en relation étroite avec mon frère Lucien Roux sur l’archivage et la recherche relative à l’œuvre de Jacqueline Marval.

Comment organisez-vous vos journées au sein du Comité Jacqueline Marval ?

Visuel de l'oeuvre de Jacqueline Marval. Titre : l’Étrange Femme, 1900
Jacqueline Marval, L’Odalisque au Guépard, 1900
Huile sur toile, 110 x 220 cm
Collection privée, Paris, Courtesy Comité Jacqueline Marval
Anciennes collections Ambroise Vollard, Oscar Ghez, Musée du Petit Palais (Genève), Prince de Polignac
© Nicolas Roux dit Buisson

Aucune journée ne se ressemble vraiment, elles suivent réellement les différents projets que nous menons. Il y a quelques mois, en plein dans l’organisation de l’exposition au Seoul Arts Center en Corée (à venir), mes journées étaient rythmées par la gestion du contrat, le choix des œuvres, les discussions avec les propriétaires autour des emprunts, la conceptualisation de l’exposition, l’organisation des séances photo des 130 œuvres exposées ou encore la rédaction du catalogue. Le déménagement récent du Comité Jacqueline Marval nous a également occupés pendant plusieurs semaines (le comité sera réinstallé à l’automne). Aujourd’hui, je travaille sur d’autres expositions pour les 2-3 années à venir, je rencontre les équipes de musées, et je gère des taches plus quotidiennes (communication, etc).

Quel(s) projet(s) vous a le plus marquée ? Pourquoi ?

La création du Comité Jacqueline Marval ! C’est une histoire de famille, de passion et de recherches qui a commencé, grâce à mon père Raphaël Roux dit Buisson, il y a plus de 40 ans. Depuis, nous avons retrouvé près de 800 articles et publications mentionnant Jacqueline Marval. Grâce à ce travail, nous avons, entre autres, pu découvrir que Marval avait exposé au Metropolitan Museum en 1919.

De façon très personnelle, son histoire me fascine. Comment cette femme a-t-elle tout quitté pour partir seule à Paris et renaître en tant qu’artiste (changeant au passage son nom, Marie-Joséphine Vallet pour Jacqueline Marval), connaître un succès national et international, inspirer ses pairs tels que Picasso ou Matisse, puis finir par tomber dans l’oubli ? Aujourd’hui, je suis fière de participer à la reconnaissance de son œuvre, c’est cela qui me marque le plus.

Une question qui revient souvent ?

Visuel de l'oeuvre de Jacqueline Marval, La Danseuse de Notre-Dame, 1921
Jacqueline Marval, La Danseuse de Notre-Dame, 1921
Huile sur toile, 100 x 81 cm
Collection privée, Paris, Courtesy Comité Jacqueline Marval
© Nicolas Roux dit Buisson

« Est-ce que ça vous intéresserait d’ouvrir un musée ? »

Aujourd’hui, l’idée de faire voyager les œuvres le plus possible dans des expositions nationales et internationales, plutôt que de les garder dans un lieu fixe. L’exposition à Séoul est par exemple une nouvelle occasion de raconter toute l’histoire de Marval et de restituer une partie de l’histoire de l’art oubliée : aujourd’hui encore, les erreurs sur sa vie persistent. C’était déjà le cas de son vivant où l’on disait qu’elle avait suivi son (alors futur) compagnon, Jules Flandrin, à Paris. Nous avons retrouvé une lettre datée 1916 envoyée par Marval à l’un de ses collectionneurs, Alfred Rome, dans laquelle elle raconte son arrivée à Paris en 1895. Elle y explique que sa venue à Paris était entièrement due à sa soif d’indépendance. Elle est explicite : « …Quelques-uns ont cru que je vins à Paris enlevée par Jules Flandrin ! Je ne sais comment il s’y serait pris. La vérité est plus simple. Mon départ pour Paris fut décidé par moi lorsque, traquée par un mari stupide, je ne pouvais plus espérer vivre à Grenoble où je m’étais fixée malgré l’horreur inspirée par la grosseur de cette population d’alors. (…) Flandrin, que je connaissais depuis près d’un mois, m’offrit de me montrer Paris, ce que j’acceptais, mais Grand Dieu ce que j’ai dû le découvrir Paris ! Mais à aucun moment l’idée de partir avec Flandrin ne me vint ! Et pourquoi plutôt avec lui qu’avec un autre ? (…) Ma vie, il fallait la gagner, là comme ailleurs, et essayer de réaliser mes rêves (…). Et je me suis affirmée à ce moment dans mes idées de vie libre dont je garde la responsabilité. » [1]

[1] Marval, lettre à Alfred Rome, 7 novembre 1916, archives particulières tirées du livre Jacqueline Marval, 1866 – 1932, François Roussier, Éditions Didier Richard, 1987.

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