Suzanne Valadon, de Montmartre au Salon des Beaux Arts

Suzanne Valadon, autoportrait, 1893

 

Suzanne Valadon (1865-1938) est, aux yeux des spécialistes de la période, l’un des plus grands peintres modernes de son époque. Son important succès est cependant éclipsé par la renommée mondiale de son fils Maurice Utrillo.

Valadon

Suzanne Valadon a toujours mené une vie d’artiste. Elle se passionne d’abord pour les arts du cirque et exerce le métier d’acrobate jusqu’à l’âge de 15 ans. Une chute lors de l’un de ses numéros met fin à sa carrière. C’est également à cette période qu’elle déménage de sa Haute-Vienne natale pour venir s’installer dans le quartier de Montmartre à Paris.

Elle côtoie rapidement le milieu artistique parisien et s’initie aux arts plastiques auprès d’Edgar Degas, Toulouse-Lautrec, Puvis de Chavannes ou encore Renoir. Pendant 10 ans, elle pratique uniquement le dessin et prend pour modèle les femmes des quartiers populaires

L’univers fort et affirmé de Suzanne Valadon la rend singulière aux yeux de ses pairs. Elle possède des traits marqués et une prestance unique (elle est souvent décrite comme ayant un comportement très masculin) qui suscitent l’intérêt de ses amis peintres qui la prennent comme modèle. La peintre est la muse et la maîtresse de nombreux artistes de l’époque dont Satie, Puvis de Chavannes ou Renoir qui la représente à plusieurs reprises. Selon son médecin, Suzanne Valadon se laissait séduire facilement « pour faire plaisir ».

Lorsqu’elle parle d’elle-même, la peintre se nomme simplement « Valadon ».

 

Suzanne Valadon, Le bain, 1908

La Reine de Montmartre

Suzanne Valadon est parfois surnommée « la Reine de Montmartre » alors qu’elle est à l’opposé d’une peintre mondaine.

De 1912 à 1926, elle vit au 12 de la rue Cortot qui est aujourd’hui le lieu du Musée Montmartre. De chez elle, Valadon voit le cabaret du Lapin Agile. Elle y trouve beaucoup de ses modèles, modèles qui seront également peints plus tard par son fils Maurice Utrillo.

Sur la butte, tout le monde la connait. Après une journée passée à peindre, elle finit souvent ses soirées dans les bistrots des alentours. Toulouse-Lautrec s’inspire de cette manière de vivre dans son tableau Gueule de bois.

Henri de Toulouse Lautrec, Gueule de bois (Suzanne Valadon), 1888

Un trait souple et dur

Suzanne Valadon prend l’habitude d’entrer dans une sorte de transe lorsqu’elle peint. Fortement influencée par le cloisonnisme de Gauguin, elle applique souvent un cerne noir autour de ses couleurs appuyées. Elle utilise plusieurs pinceaux et brosses en même temps qu’elle tient dans ses mains ou entre ses dents. Elle est peintre et revendique ce statut. Degas décèle très vite chez Suzanne Valadon un véritable talent, disant à son propos qu’elle possède « un trait souple et dur ».

En 1914, Suzanne Valadon est la première femme artiste peindre des nus masculins sur des toiles de grandes dimensions. Son modèle est André Utter, son mari de près de vingt ans son cadet et l’ami de son fils unique (qu’elle a élevé seule et qu’elle poussera à devenir également peintre). À eux trois, ils forment « le trio infernal » ou la « trinité maudite ».

 

Suzanne_Valadon, Le Lancement du filet, 1914

Première exposition de Suzanne Valadon au Salon des Beaux Arts

En 1894, Suzanne Valadon participe à son tout premier salon, celui de la Société Nationale des Beaux Arts. Sa candidature est appuyée par le sculpteur Bartholomé, qui fait partie du comité de sélection.

Elle y expose cinq dessins. Trois études d’enfants et deux autres œuvres intitulées La toilette du petit-fils et Grand-mère et petit-fils.  Ces premiers dessins sont achetés par Edgar Degas qui est aussi collectionneur.

Suzanne Valadon fait partie de ces artistes-femmes pionnières qui ont participé à l’essor du jeune Salon de la SNBA, un Salon qui s’est revendiqué dès son ouverture comme un salon féministe selon le principe établi en 1889-1890 lors de sa scission avec le Salon officiel.

Aujourd’hui l’œuvre de Suzanne Valadon compte parmi les collections de prestigieuses institutions dont le Musée d’art moderne de Paris, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ainsi que celles du Metropolitan Museum.


En savoir +
  • Catalogue d’exposition du Salon de la Société Nationale des Beaux Arts, 1894
  • Dictionnaire des Peintres à Montmartre par André Roussard

 

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