Les artistes femmes à la Société Nationale des Beaux Arts

Anna Klumpke, Portrait de Rosa Bonheur, 1898

 

Dès la création de la SNBA en 1890, les artistes femmes sont invitées à en devenir membre et à exposer. A l’ouverture du premier Salon des Beaux Arts, dix pour cent des artistes sont des femmes. Elles représentent aujourd’hui une majorité au Salon des Beaux Arts.

Essor et revendications des artistes femmes

Les artistes femmes présentent  leurs œuvres sporadiquement dans les Salons entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Elles n’ont accès ni à la formation, ni aux salons académiques. Elles participent alors à des manifestations non-officielles comme Le Salon de la Jeunesse, place Dauphine.

En 1706, l’Académie Royale décide de n’accepter  « aucune damoiselle en qualité d’académicienne ».  L’Académie autorise certaines artistes femmes à y siéger en de rares occasions comme cela sera le cas pour Elisabeth Vigée-Lebrun.

En 1791, le peintre David lance une pétition pour que le Salon de l’Académie s’ouvre à tous. Il reste néanmoins un long chemin à parcourir : en 1793, le premier article voté par la Société populaire et républicaine des arts est l’exclusion des femmes de leurs réunions. Madame Vigée-Lebrun est citée par cette société comme l’exemple à ne pas suivre.

En 1889, Hélène Berteaux, la fondatrice de l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (UFPS), demande que soit votée une motion permettant aux femmes d’être acceptées à L’École des Beaux-Arts. Elle réclame qu’une classe spécialisée soit créée et l’autorisation pour les femmes de concourir au Prix de Rome. Elle n’obtient aucune réponse. Il faudra attendre 1911 pour qu’une femme, Lucienne Antoinette Heuvelmans, soit lauréate en sculpture du prix convoité. A sa création en 1882, l’UFPS compte 36 membres. Quinze ans plus tard, elles sont 942 alors même que les formations artistiques leur coûtent le double du prix des hommes ( 30 francs à l’académie Julian contre 60 francs pour les femmes).

Femmes artistes à l’heure de la reconnaissance

Dans La Citoyenne, journal publié au XIXe siècle, l’artiste Marie Bashkirtseff alias Pauline Orell écrit ceci : « Ce qu’il nous faut, c’est la possibilité de travailler comme les hommes et de ne pas avoir à exécuter des tours de force pour en arriver à avoir ce que les hommes ont tout simplement. »

Rosa Bonheur est la première femme à être primée lors d’une Exposition Universelle : elle y reçoit la médaille d’or en 1855. Elle devient également  la première artiste femme à être distinguée dans l’ordre de la Légion d’Honneur : elle sera faite Chevalier en 1865 puis Officier en 1894.  Féministe et engagée, elle s’habille avec des vêtements d’homme et est persuadée que les animaux ont une âme.  La peintre animalière incarne la figure de l’artiste libre. Rosa vivra près de cinquante ans avec sa conjointe Anna Klumpke (elle aussi peintre) et lui lèguera l’intégralité de son travail, déshéritant ainsi ses neveux de son imposant héritage dont ils n’avaient, à son sens, nul besoin.

Les femmes artistes de la Société Nationale des Beaux Arts

Camille Claudel, photographie anonyme (avant 1883)

 

Camille Claudel, L’âge mûr, 1895-1899

Camille Claudel présente son travail au Salon des Beaux Arts dès 1892. Son histoire passionnante et ses talents de sculptrice ont attiré l’attention sur son travail rigoureux. Longtemps reléguée au second plan à cause de sa liaison avec Rodin, elle affirme cependant sa singularité.

Elle présente en 1899 au Salon des Beaux Arts l’une de ses œuvres les plus emblématiques : l’Âge mûr ou la Destinée. Cette sculpture est fondue en deux exemplaires qui sont aujourd’hui visible au Musée d’Orsay et au Musée Rodin. Son frère, Paul Claudel, écrit à son propos « Ma sœur Camille, implorante, humiliée à genoux, cette superbe, cette orgueilleuse, et savez-vous ce qui l’arrache à elle, en ce moment même, sous vos yeux, c’est son âme. »

Souvent interprétée dans un sens autobiographique comme illustration des hésitations de Rodin entre sa vieille maîtresse, Rose Beuret, et sa jeune amante, Camille Claudel, L’Âge mûr apparaît surtout comme une variation autour du thème de la destinée. Dans un mouvement d’irrésistible entraînement, l’homme, encore tenu fermement par la jeunesse et la vie dans la première version, est arraché dans la seconde aux bras tendus de la jeune suppliante par la vieillesse et la mort.*

Des femmes artistes participent également à la création de la Société Nationale des Beaux Arts. Ainsi l’artiste Louise Catherine Breslau, médaillée d’or à l’exposition Universelle de 1889 suit le peintre et sculpteur Ernest Meissonnier dans la refondation de la SNBA. Elle en deviendra sociétaire et exposera au salon de la « Nationale  » presque tous les ans jusqu’à sa mort.

Les Artistes étrangères au Salon des Beaux Arts

Cécilia Beaux, Sita et Sarita (Jeune fille au chat), 1892-1895

Si de nombreuses artistes étrangères ont fait profiter la SNBA de leur virtuosité, certaines ont marqué plus fortement les esprits par leur audace ou leur histoire personnelle.

C’est le cas notamment de Cécilia Beaux qui a appartenu au cercle impressionniste de l’époque. Elle a longtemps vécu entre les États-Unis et la France. ; le couple Roosevelt lui était particulièrement fidèle.

Olga Boznanska a, elle, ouvert un atelier en Pologne et a été saluée par la critique. En 1895 elle prend temporairement la tête de l’école de peinture de Munich et reçoit la Légion d’Honneur en 1910.

Agnès Goodsir, Lettre du front, 1915

Enfin, Agnès Goodsir, australienne de naissance, a été l’une des artistes les plus prolifiques de la SNBA. Durant 30 ans, de 1905 à 1935, elle expose plusieurs de ces tableaux lors du Salon de la « Nationale ». Ses inspirations
passent de la nature morte aux scènes de genre. Mais elle trouve ses marques plus volontiers dans le genre très prisé du portrait. Elle peint tout aussi bien son amante Rachel Dunn, Léon Tolstoï ou bien de façon plus surprenant le dirigeant fasciste Mussolini.

Il n’est malheureusement pas possible d’établir en un article une liste exhaustive de toutes les artistes. Mais il est nécessaire de mettre en exergue la ténacité dont elles ont fait preuve pour que l’on considère leurs œuvres. Et comme l’a si intelligemment dit Pauline Orell à propos des femmes en 1880, « il ne leur est même pas permis de montrer leur incapacité ».

C’est peut-être pour cela qu’elles ont montré l’inverse ?


Pour aller plus loin

Des amitiés modernes, de Rodin à Matisse. Carolus-Duran et la Société Nationale des Beaux Arts, catalogue d’exposition, La Piscine-Roubaix, 2003

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